Pensées

Tristesse

C’est sous cette grisaille maussade d’une fin d’automne qu’aujourd’hui j’ai assisté à l’enterrement d’un ami que je n’avais pas vu depuis quelques temps. 55 ans, perfectionniste au grand cœur, mari, père, grand-père depuis peu, il a décidé de nous quitter dans un acte désespéré.

Certainement avait-il ses névroses, comme tout un chacun, mais il m’a toujours paru enjoué par la vie, toujours prêt à rendre service, à apporter de la bienveillance dans ce monde. Ce n’était apparemment que depuis quelques mois que ses proches avaient vu son moral baisser en flèche jusqu’à ce jour fatidique. Il s’était confié maintes fois à son entourage de son mal être dû à son chef au travail, emploi qu’il affectionnait depuis plus de 30 ans. Situation qu’il a, selon ses proches, longuement relaté dans sa lettre d’adieu.

Voilà, encore une fois, la démonstration qu’une seule personne peut détruire des vies entières. Qui plus est quand on a une charge de management. J’en appelle à tous ceux qui ont des personnes à charge dans leurs métiers. Oui, ce sont des vies, des sensibilités que vous portez, et non des ressources que vous utilisez à votre seule guise. Si aujourd’hui beaucoup de managers en sont conscients, bon nombre de «chefs» fonctionnent encore dans un esprit de subordination absolue, recevant ascendance sur des personnes, se sentent investis d’un pouvoir suprême, et ce, conjugué à un manque d’empathie, d’une négligence de l’autre, ou pire encore, un certain plaisir sadique à user et abuser de ces attributions, en font des monstres de nos sociétés.

Et ces situations ne sont malheureusement que bien souvent trop tardivement détectées. Souvent, le mal s’installe de façon lente et insidieuse, mais les victimes, elles, sentent très vite que quelque chose ne va pas. Peut-être faudrait-il parfois que la ligne hiérarchique soit cassée pour que l’info puisse remonter plus haut. Encore faut-il que ceux-ci aient le courage de prendre les bonnes décisions quant à la situation, si bien sûr cette ligne hiérarchique n’est pas elle-même vérolée de haut en bas. Il serait bien plus humain de détecter au plus tôt ces comportements déviants et de corriger le tir pour éviter des drames qui détruisent non seulement les vies des victimes de ces actes, mais aussi celles de leur proches.

Je ne m’étalerai pas plus ce soir. Désolé si mes mots sont hésitants ou bruts, mais ma tristesse est encore trop fraîche, et je pense à ses proches pour qui l’épreuve est infiniment plus douloureuse. J’aurais tant voulu le revoir une fois, et même si je n’aurais rien pu changer, cette culpabilité inutile me hante, verrouillée par l’inéluctable flèche du temps.

Adieu Philippe.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *